Nathalie Béasse © Carole Bellaïche
Metteuse en scène associée à la Comédie

Nathalie Béasse

Portrait en abécédaire

arbres le souvenir des promenades en forêt lorsque j’étais jeune m’a laissé un goût assez profond pour cet univers dans lequel on peut se perdre. J’ai ensuite découvert la peinture italienne, Piero della Francesca ou Giotto, qui donne une place importante à la nature, cette porte toujours ouverte vers quelque chose de mystérieux. Je retrouve aussi ce rapport à la nature dans le film de Andreï Tarkovski, Le Sacrifice, dont l’affiche représente un arbre mort squelettique. J’aime la présence de cette matière sur le plateau sous des formes très différentes.

bonheur le bonheur pour moi c’est de toujours redresser la tête, de toujours essayer de franchir les obstacles même dans les moments difficiles. Même si je parle dans mes spectacles d’un monde qui peut être très dur, j’aime l’humour, la joie et le rire. J’aime la gravité beaucoup plus que le désespoir.

collectif  je préfère le terme de famille, qui réunit ceux qui construisent les spectacles avec moi. Mais je revendique vraiment ma place de metteur en scène, car je suis toujours à l’origine des projets que je propose. Les collectifs réunissent pour beaucoup des artistes qui ont une histoire commune, souvent liée à leurs études dans des écoles de théâtre. Pour ma part, je réunis des artistes venus de milieux très différents, qui se rencontrent généralement pour la première fois et qui intègrent un groupe solidaire, mais sans la permanence qui caractérise les collectifs.

corps lorsque je faisais mes études de plasticienne, mon rapport aux corps était quasi inexistant, et j’avais d’ailleurs très peu conscience d’avoir un corps. C’est en commençant à m’intéresser à la performance que le rapport au corps dans l’espace a pris une place importante dans mon travail, influencée par des maîtres, comme le comédien Yoshi Oïda qui a beaucoup travaillé avec Peter Brook. Je m’intéresse plus particulièrement aux vibrations qui existent quand deux corps se rapprochent ou s’éloignent dans un espace vide. Je cherche ce qui apparaît dans un simple mouvement de tête, de mains, de bras, sans que les mots interviennent, puisqu’une personne seule sur un plateau vide, c’est le début d’une histoire qui peut se développer lorsque d’autre corps la rejoignent pour former un chœur dessinant des lignes dans l’espace, se modifiant par les cadences qu’ils impriment à leurs déplacements. L’essentiel pour moi c’est cette simple présence ancrée dans le sol, qui vit au rythme de respirations perceptibles.

danse même si la danse est présente dans mes spectacles, je ne suis pas chorégraphe. Les moments dansés naissent le plus souvent d’accidents, d’imprévus surgissant dans les rapports entre les corps.

écriture chaque spectacle étant très différent, l’écriture a un statut différent. Quand il s’agit de roses, inspiré de Richard III de Shakespeare, nous travaillons à partir du texte, perçu comme une sorte de puits sans fond dans lequel il est bon de se jeter. Mais quand il s’agit de formes plus performatives, le texte n’est pas prioritaire. Il me semble souvent que les textes n’arrivent pas à exprimer la totalité de mes pensées. Je peux donc m’inspirer de plusieurs fragments de textes pour un même spectacle, comme pour le bruit des arbres qui tombent.

enfance on me dit souvent que l’enfance est très présente dans mes projets. En fait ce n’est jamais une démarche volontaire de ma part, sauf pour happy child dans lequel nous nous sommes particulièrement intéressés aux secrets de famille, parce que la famille est vraiment au cœur de mes préoccupations, dans le sens de « groupe », avec ce que cela implique de séparations, de retrouvailles, d’amour ou de haine. Mais je n’ai jamais demandé aux acteurs de faire les enfants, de jouer des enfants. Ce qui apparaît, c’est la part d’enfance qu’ils ont gardée en eux.

fable qui questionne sans imposer avec une sorte de morale en points de suspension…

films très jeune je voulais devenir réalisatrice car le cinéma m’a toujours impressionnée et continue, encore, à m’influencer plus ou moins consciemment, en particulier quand je réalise le montage final des séquences qui forment mes spectacles. Je peux regarder des dizaines de fois certaines scènes de film. Les plans séquences de Tarkovski, les univers poétiques de Fellini ou de Pasolini, le trouble que provoquent les œuvres de Lynch ou de Blier me nourrissent  continuellement.

improvisations je suis très dirigiste, j’aime rêver autour de l’acteur sans qu’il me propose un parcours improvisé. En revanche, je me sers de ce qui se passe sur le plateau pour aller plus loin dans une image que j’avais préalablement imaginée. Je suis metteuse en scène-auteure et je le revendique. Je travaille à partir de ce qui échappe aux acteurs en étant très attentive à ce qui émane de leur présence sur le plateau.

laboratoire pendant les répétitions, si le plateau peut ressembler à un laboratoire, je ne cherche pas à expérimenter face au public. Je veux simplement qu’il soit en état d’éveil par rapport à ce qui a été très précisément construit.

langages toutes les langues se mélangent sur la scène car les acteurs avec qui je travaille viennent de différents pays. J’aime me perdre dans des langues que je ne connais pas en dégustant les sonorités particulières que chacune d’elle propose. Le langage verbal n’est pas le seul langage que j’utilise, je propose un mélange avec ce qu’on appelle le langage corporel, les deux agissant l’un sur l’autre, ce qui est très productif. Les personnages que j’imagine ne sont pas des êtres psychologiques mais des corps en mouvement, qui peuvent parler, à condition de parler juste, au plus près du sens des mots. Je n’aime pas le parler faux.

musique c’est une présence indispensable mais plus ou moins importante. Elle a une grande part dans le bruit des arbres qui tombent, avec la Symphonie n° 3 de Mahler, rendue encore plus célèbre par Lucchino Visconti dans son film Mort à Venise. Je ne cherche pas une musique illustrative mais une partition musicale qui participe intimement à ce que nous présentons, c’est pour cela que je travaille le plus souvent avec des compositeurs contemporains.

performance  je ne construis pas de performances en tant que telles, même s’il y a des moments de performance à l’intérieur des spectacles. Mais ils ne varient pas d’un jour à l’autre, car ils sont totalement écrits.

répertoire  j’aime l’idée de conserver un répertoire qui permet de jouer longtemps les pièces en faisant des reprises. Comme j’ai la chance d’avoir une famille d’acteurs que l’on peut retrouver d’un spectacle à l’autre, j’ai la possibilité de présenter des séries avec les différentes étapes de mon travail. On peut ainsi voir les liens qui existent entre toutes les pièces, puisque chaque spectacle naît souvent du spectacle qui l’a précédé. Un peu comme si on s’installait successivement dans les différentes pièces d’une maison.

rêves ou cauchemars ?  Comme dans un rêve j’aime que des portes s’ouvrent en nous surprenant, mais mes spectacles ne sont pas des rêveries. Je ne vis pas dans le monde des songes.

tableau  je suis extrêmement sensible à tout ce qui est pictural. J’aime l’idée de tableaux formant une sorte de fresque, avec des focus qui ouvrent sur des problématiques différentes.

Spectacle
le bruit des arbres qui tombent
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Spectacle
roses
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Spectacle
tout semblait immobile
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Spectacle
happy child
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Le Banquet
15 novembre
à la maison du peuple
Pour rencontrer Nathalie Béasse et son équipe et son équipe et découvrir son univers.
Sur invitation

happy child – 20 et 21 mars
tout semblait immobile – 26 au 29 mars – à voir en famille
roses – 2, 3 et 4 avril
le bruit des arbres qui tombent – 10 et 11 avril